Alternance : vraiment la voie royale ? Ce qui a changé depuis 2023

L'alternance reste solide, mais trouver une entreprise est devenu plus long depuis la réduction des aides. Les secteurs qui recrutent vraiment, ceux où il faut un plan B.

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Hélène Diep
9 min de lecture
Alternance : vraiment la voie royale ? Ce qui a changé depuis 2023

L'alternance, en France, a longtemps été présentée comme la solution presque parfaite : l'étudiant est payé, l'entreprise forme, l'État subventionne, et tout le monde est gagnant. Les familles qui s'y sont intéressées entre 2018 et 2022 se souviennent de cette période bénie : les entreprises recrutaient facilement, les aides étaient généreuses, et trouver un contrat en BTS ou en bachelor était devenu presque automatique dans de nombreux secteurs.

Depuis 2023, ce tableau a changé. Les aides de l'État aux entreprises ont été significativement réduites, et les conséquences sont bien réelles : certaines PME recrutent moins, les délais pour trouver une entreprise se sont allongés, et dans certains secteurs la concurrence entre candidats est devenue rude.

Cet article n'est pas là pour décourager l'alternance — elle reste une voie solide, et parfois la meilleure option. Il est là pour poser les faits, honnêtement, avant qu'une famille ne construise tout son plan d'orientation sur une hypothèse qui ne tient plus.

Ce qu'est l'alternance, pour poser les bases

L'alternance désigne deux types de contrats :

Le contrat d'apprentissage (le plus courant), signé entre un jeune de 16 à 29 ans, une entreprise et un centre de formation. L'entreprise paie les frais de formation et verse un salaire à l'apprenti.

Le contrat de professionnalisation, plus flexible, sans limite d'âge supérieure, souvent utilisé pour des qualifications courtes ou des reconversions.

Dans les deux cas, le principe est le même : le jeune alterne périodes en entreprise et périodes en centre de formation. Le rythme varie (souvent 3 jours en entreprise / 2 jours en formation, ou 2 semaines / 1 semaine selon les parcours).

Les avantages sont réels :

  • Les frais de formation sont pris en charge par l'entreprise, via son OPCO

  • L'alternant perçoit un salaire mensuel — entre 600 et 1 000 € nets par mois en moyenne pour un BTS ou un bachelor

  • Le temps passé en entreprise compte pour la retraite et ouvre des droits au chômage

  • Le diplôme obtenu est identique à celui d'un étudiant en formation initiale

C'est ce qui a rendu l'alternance si attractive dans les années 2020.

Ce qui a changé en 2023, concrètement

Entre 2020 et 2022, les entreprises qui recrutaient un apprenti pouvaient bénéficier d'une aide exceptionnelle de 6 000 € pour la première année. Cette aide a porté l'apprentissage à un niveau historique en France : près de 830 000 contrats d'apprentissage signés en 2022 (source : DARES). En comptant les contrats de professionnalisation, l'alternance au sens large a dépassé le million de contrats cette année-là.

En 2023, cette aide a été progressivement réduite puis recentrée. Les années suivantes, l'arbitrage budgétaire a conduit à plafonner ou supprimer l'aide pour certaines tailles d'entreprise et certains niveaux de diplôme.

Les conséquences observées sur le terrain sont les suivantes :

Les PME recrutent moins. Les petites entreprises, pour qui l'aide était décisive, ont réduit ou gelé leurs embauches en alternance. Les grands groupes sont moins touchés car leur capacité de formation ne dépend pas de la subvention.

Les délais s'allongent. Là où un étudiant trouvait souvent son entreprise en 2-3 mois, il faut aujourd'hui compter 4 à 6 mois dans les secteurs les plus concurrentiels.

Certains secteurs sont saturés. Communication, événementiel, culture, associations, médias — les postes existent mais attirent beaucoup plus de candidats que ce que le marché propose. La sélectivité est forte.

Les formations tombent en initial. Certains étudiants inscrits en formation en alternance ne trouvent pas d'entreprise à temps et basculent en formation initiale — avec les frais de scolarité à charge.

Ce n'est pas la fin de l'alternance. C'est la fin de l'alternance facile.

Les secteurs où l'alternance recrute encore franchement

Malgré ce contexte plus tendu, l'alternance reste solide dans plusieurs secteurs — souvent parce que les métiers sont en tension et que les entreprises ont besoin de former leurs futurs salariés elles-mêmes.

Informatique et cybersécurité. Développement, data, cloud, admin système : la pénurie de profils qualifiés reste forte. Les ESN et les grands comptes recrutent massivement en alternance sur tous les niveaux (BTS, bachelor, master).

Industrie et production. Maintenance industrielle, automatisme, logistique, qualité : les entreprises industrielles manquent structurellement de profils techniques. Les bassins industriels (Grand Est, Hauts-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes) sont particulièrement demandeurs.

Banque et assurance. Les grands groupes du secteur (BNP, Société Générale, Crédit Agricole, Axa) recrutent chaque année des centaines d'alternants, souvent dès la L3 ou le master. Les postes sont très structurés et les processus de recrutement cadrés.

Grande distribution et commerce. Les enseignes (Carrefour, Leclerc, Decathlon, etc.) continuent de recruter en alternance pour leurs réseaux de magasins et leurs fonctions support. C'est moins valorisé socialement, mais l'accès reste relativement ouvert.

Santé et médico-social. Certains parcours (aide-soignant, infirmier, éducateur spécialisé) sont accessibles en alternance via le contrat de professionnalisation, avec des débouchés massifs.

Bâtiment et travaux publics. Le secteur recrute largement en CAP, bac pro et BTS. Les entreprises ont besoin de renouveler leurs équipes et forment en alternance depuis longtemps.

Les secteurs où il faut vraiment avoir un plan B

A contrario, certains secteurs affichent un déséquilibre fort entre le nombre de candidats et le nombre de postes. Sans plan B, un étudiant qui vise uniquement l'alternance dans ces secteurs peut se retrouver bloqué en septembre sans entreprise.

  • Communication et marketing

  • Événementiel et culture

  • Médias et journalisme

  • Mode et luxe (hors fonctions techniques)

  • Associations et économie sociale

  • Design et création (hors UX/UI produit)

Ca ne veut pas dire qu'il n'y a pas de postes. Mais il faut candidater plus tôt, plus largement, et avoir prévu une alternative (formation initiale, année de césure, projet parallèle) si rien n'aboutit avant la rentrée.

Comment trouver son entreprise d'alternance, vraiment

La méthode qui fonctionne en 2026 se résume en quelques principes.

Commencer tôt. Dès janvier-février pour une rentrée en septembre. Attendre juin, en 2026, c'est prendre un risque important dans les secteurs tendus.

Diversifier les canaux. LinkedIn est devenu le canal principal : identifier des managers, des RH, des alumni de ta future école et leur écrire directement. Les jobboards classiques (indeed, HelloWork, APEC pour les masters) restent utiles. Les forums alternance et les JPO des écoles sont des occasions concrètes de rencontrer des recruteurs.

Soigner son CV et sa lettre. Sans expérience longue, c'est la motivation et la clarté du projet qui font la différence. Un CV précis, une lettre qui explique pourquoi cette entreprise et pas une autre, un portfolio s'il y a lieu — tout compte.

Utiliser son école. Les bonnes écoles ont un service relations entreprises qui pré-identifie des partenaires. C'est une des vraies différences entre une formation bien connectée et une formation isolée. À vérifier avant de s'inscrire.

Prévoir un plan B dès avril. Si fin avril tu n'as eu aucun retour positif, c'est le moment de réajuster : élargir les secteurs, envisager un basculement en formation initiale, contacter directement le service admissions de ton école pour comprendre tes options.

Les 5 pièges les plus fréquents

Des situations qu'on voit régulièrement remonter et qu'il vaut mieux connaître à l'avance.

1. S'inscrire dans une formation alternance sans vérifier les débouchés du secteur. Toutes les alternances ne se valent pas. Une formation en alternance dans un secteur saturé peut laisser l'étudiant sans entreprise — et donc sans formation financée.

2. Commencer à chercher trop tard. En 2026, attendre les résultats du bac pour chercher son entreprise, c'est être en retard de 4 mois sur les autres candidats.

3. Surévaluer le salaire. Un apprenti ne gagne pas un salaire cadre. Entre 600 et 1 000 € nets par mois en BTS/bachelor, un peu plus en master. Il faut budgéter en conséquence, surtout pour l'hébergement.

4. Sous-estimer la charge de travail. L'alternance, c'est un emploi du temps de salarié avec les cours par-dessus. Les semaines peuvent dépasser 45 heures cumulées. Les congés étudiants n'existent pas : c'est le régime des congés payés classiques.

5. Négliger la compatibilité entreprise-formation. Le rythme (2 jours / 3 jours, ou semaine / semaine) doit convenir à l'entreprise comme à l'école. Vérifier avant de signer.

Trois questions à poser systématiquement à une école

Avant de signer une inscription dans une formation en alternance, pose ces questions à l'école :

Quel est le taux réel d'alternants placés à la rentrée ? Pas le chiffre affiché dans la brochure, mais le chiffre des trois dernières promotions. Si l'école hésite ou reste vague, c'est un signal.

Dans quels secteurs vos alternants sont-ils placés ? Une bonne école a une cartographie claire des entreprises partenaires. Si la réponse reste générique, il y a de fortes chances que la recherche soit à ta charge à 100%.

Que se passe-t-il si je ne trouve pas d'entreprise avant septembre ? Les bonnes réponses : basculement en formation initiale, annexe de report d'une année, prolongation de la recherche. Les mauvaises : « on verra à ce moment-là ».

Alternance vs formation initiale : comment trancher ?

Si tu hésites entre alternance et formation initiale, quelques critères aident à décider.

L'alternance est souvent la meilleure option si :

  • Tu vises un secteur qui recrute vraiment en alternance (cf. liste plus haut)

  • Tu veux financer tes études et tu n'as pas d'autres ressources

  • Tu préfères apprendre dans un cadre professionnel concret plutôt qu'en théorie

  • Tu es prêt à ne pas avoir de vie étudiante classique (moins de temps libre, pas de longues vacances)

La formation initiale peut être plus adaptée si :

  • Tu vises un secteur très concurrentiel en alternance

  • Tu veux pouvoir faire un semestre à l'étranger ou une césure

  • Tu préfères prendre le temps d'apprendre avant d'entrer en entreprise

  • Tes parents peuvent assumer les frais et tu as d'autres sources de financement (bourse, job étudiant)

Il n'y a pas de bonne réponse absolue. Il y a une bonne réponse pour ton projet, ton profil et tes contraintes.


Pour aller plus loin

Tu cherches une formation en alternance ? Explore le catalogue des formations sur Choose and Connect, avec filtres par niveau, secteur et type de contrat.

Questions fréquentes

Peut-on faire toute sa scolarité en alternance ?

Oui, c'est possible du CAP au master, voire au doctorat (thèse CIFRE). Mais attention : beaucoup d'étudiants commencent en formation initiale pour le BTS ou le bachelor, puis basculent en alternance en master quand ils ont plus d'expérience et un projet plus clair.

Combien paie une entreprise qui recrute un apprenti ?

Le salaire dépend de l'âge et de l'année du contrat, en pourcentage du SMIC (1 823,03 € brut en 2026). Pour les 16-17 ans : 27 à 55 % selon l'année. Pour les 18-20 ans : 43 à 67 %. Pour les 21-25 ans : 53 à 78 %. À partir de 26 ans : 100 % du SMIC. Certaines conventions collectives prévoient des salaires plus élevés.

Est-ce qu'on cotise pour la retraite en alternance ?

Oui. Les périodes d'alternance comptent comme des trimestres cotisés au régime général. C'est un des avantages souvent oubliés de l'alternance par rapport à la formation initiale.

Peut-on rompre un contrat d'alternance ?

Oui, mais les conditions sont strictes. Rupture libre pendant les 45 premiers jours en entreprise, puis uniquement par commun accord, faute grave, inaptitude ou force majeure. Bien réfléchir avant de signer, et vérifier le tuteur / les missions prévues.

Que faire si on ne trouve pas d'entreprise avant la rentrée ?

Différentes options existent : basculer en formation initiale si l'école le permet, repousser la rentrée d'un an, chercher jusqu'en octobre (certaines entreprises recrutent tard), ou changer de formation. L'essentiel est d'anticiper ce scénario dès avril.

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